L'effet des crimes de haine sur la collectivité

Conférencier 1, Jonathan Lomotey
Chercheur, Centre for Community Based Research (Centre de la recherche communautaire)

Conférencière 2, Sidikat Fashola
Chercheure, Division de la recherche et de la statistique, Ministère de la Justice du Canada

Conférencier 3, Joseph Oywak
Coordonateur de programmes à la Reception House de la région de Waterloo


Le présent guide contient de l'information générale et n'a pas pour objet de fournir des avis juridiques. Pour obtenir de l'aide juridique, vous êtes priés de communiquer avec un avocat. (Version PDF, 69 ko, Aide PDF)

Colloque fédéral – le 19 avril 2010
Ancien hôtel de ville
111, promenade Sussex, Ottawa

[TRADUCTION] Un groupe d'au moins sept voyous, tous de race blanche et semble-t-il dans la vingtaine, ont agressé Francis Pitia, un réfugié soudanais handicapé, près d'un parc, à Kitchener, en Ontario. Ils ont crié des injures raciales à M. Pitia et à deux autres hommes soudanais, avant de le rouer de coups en utilisant sa propre béquille pour infliger plus de dommages jusqu'à ce qu'il perde conscience. L'attaque contre M. Pitia semble avoir été motivée exclusivement par la haine raciale.

Globe & Mail, 1er août 2006

Méthodologie

Objet de la recherche

  • Cette étude vise à comprendre l'effet des crimes de haine sur la collectivité.
  • Question de recherche
    • En quoi consistent les répercussions émotionnelles, psychologiques et économiques des crimes motivés par la haine sur une communauté?

Endroit/communautés

  • Kitchener (Ontario)
    • Communauté identitaire : communauté afro-canadienne de Kitchener-Waterloo
    • Communauté géographique : territoire défini par le code postal N2G

Les participants à l'étude

  • 623 personnes
Communauté Méthode Total
Sondage Groupe de discussion
Identitaire 196 10 206
Géographique 411 6 417
Total 607 16 623

Plan de recherche

  • Étude de cas
  • Méthodes mixtes : méthodes de collecte de données quantitatives et qualitatives
  • Participation de la communauté :
    • Consultation auprès d'un groupe local
    • Embauche et formation de chercheurs provenant de la communauté

Sélection

  • Échantillonnage aléatoire – achat auprès de Survey Sampling International (SSI) de 4 000 numéros de téléphone sélectionnés au hasard pour le territoire défini par le code poste N2G à des fins d'entretiens téléphoniques
  • Échantillonnage orienté sur les répondants (EOR) – une méthode qui combine le sondage en boule de neige et un modèle mathématique pour calculer l'erreur d'échantillonnage
    • Aux fins de l'EOR, on commence par interviewer quelques personnes (habituellement 4). À la fin de l'entretien, chaque participant propose 4 nouvelles personnes à interviewer.
  • Échantillonnage raisonné – sélection fondée sur la connaissance de l'incident et le vif intérêt exprimé à ce sujet

Comment nous avons recueilli les données

  • Sondage
  • Groupes de discussion
  • Analyse des médias électroniques

Outils utilisés

  • Sondage – en trois sections principales
    • Section 1 : questions destinées à évaluer les répercussions personnelles – usage de l'Échelle de l'effet des événements (IES) (Horowitz, Wilmer et Alvarez, 1979)
    • Section 2 : questions destinées à évaluer les répercussions sur la collectivité et la réaction de la collectivité
    • Section 3 : questions destinées à recueillir des données démographiques
  • Guide d'entrevue composé de questions ouvertes pour les groupes de discussion

Mécanismes de collecte des données?

  • Procédures de sondage
    • Entretien en personne (taux de réponse : 46 %)
    • Entretien téléphonique (taux de réponse : 17,1 %)
  • Groupes de discussion – discussion interactive sur le sujet de recherche à l'aide de questions ouvertes et de questions d'approfondissement
  • Analyse des médias électroniques – collecte de reportages et d'articles sur l'incident dans les médias locaux et/ou généraux
    • Recherche par mot/phrase clé dans les sites Internet de médias et d'autres publications en ligne

Affaire de Kitchener

Quelques indicateurs démographiques selon la communauté
  Identité africaine (N=196) Géographique (N=411)
Sexe (masculin) 65 % 45 %
État civil
(légalement marié)
60 % 38 %
Moyenne d'âge 30 à 39 40 à 49
Revenu annuel moyen du ménage 20 000 $ à 29 999 $ 50 000 $ à 59 999 $
Plus haut niveau de scolarité
(postsecondaire)
58 % 64 %
Né à l'étranger 99 % 17 %
Nombre moyen d'années de résidence au Canada 5 à 9 ans 20 ans ou plus
Nombre moyen d'années de résidence à Kitchener 3 à 5 ans 10 ans ou plus

Effet sur la victime

  • L'Échelle de l'effet des événements (EEE) de Horowitz est un outil validé qui sert à diagnostiquer des degrés cliniques de stress. L'outil est souvent utilisé pour étudier l'effet d'événements traumatisants et diagnostiquer le stress post-traumatique.
    • 15 questions subjectives portant sur un événement
    • Score de stress total (sur 75) :
      • 0 à 8 = subclinique
      • 9 à 25 = léger
      • 26 à 43 = modéré
      • 44 et plus = grave

Comparaison des moyennes

  Communauté géographique
(voisinage de Victoria Park, N=220, échantillon aléatoire)
Communauté ethnique
(résidents afro-canadiens de Kitchener, N=109, EOR/sondage en boule de neige)
Échelle de l'effet des événements d'Horowitz
(score)
Moyenne de 16 sur 75 Moyenne de 47 sur 75
  • Les résidents afro-canadiens de Kitchener sondés ont éprouvé des symptômes cliniques sévères de stress post-traumatique par suite du crime de haine.
  • Les résidents de Kitchener sondés ont éprouvé des symptômes cliniques légers de stress post-traumatique.

Facteurs de risques liés au degré du score selon l'EEE

Au cours des cinq dernières années, croyez-vous avoir subi de la discrimination ou avoir été traité injustement au Canada à cause de votre...

Au cours des cinq dernières années, croyez-vous avoir été victime d'un crime de haine?

Au cours des cinq dernières années, croyez-vous qu'un ami proche ou un membre de votre famille a été victime d'un crime de haine?

Facteurs de risques liés au degré du score selon l'EEE : analyse de régression multiple

Facteurs de risques

  • Statut d'immigrant
  • Revenu du ménage
  • Connaître un ami proche ou un membre de la famille qui a été victime d'un crime de haine au cours des cinq dernières années
  • Statut de minorité visible
  • Avoir subi de la discrimination ou avoir été traité injustement à cause d'une caractéristique personnelle au cours des cinq dernières années

 Certaines personnes réagissent à des événements traumatisants en essayant de se protéger et de protéger leur famille. Avez-vous eu l'une ou l'autre des réactions suivantes après l'incident?

Mesures de protection (analyse comparative entre les sexes)

Éviter de sortir seul

Sentiment de sécurité

Après cet incident, vos craintes par rapport à votre sécurité personnelle ou celle de votre famille ont-elles changé?

Établissement de contacts avec la communauté

Des personnes réagissent à des événements traumatisant en établissant des contacts et en devenant plus actives dans la communauté. Avez-vous eu l'une ou l'autre des réactions suivantes après l'incident?

Réseaux de soutien

Avez-vous cherché du soutien auprès de l'une ou l'autre des personnes ou organisations suivantes, pour vous aider à composer avec votre réaction à l'incident?

Relations avec d'autres communautés ethniques ou culturelles

À votre avis, de quelle façon l'incident a-t-il modifié la relation entre des membres de votre communauté ethnique ou culturelle et des membres d'autres communautés ethniques ou culturelles?

Conclusions

  • Les répondants dans les différents échantillons ont éprouvé divers degrés cliniques de stress post-traumatique par suite du crime de haine survenu dans leur collectivité.
    • Les membres de la communauté africaine ont éprouvé un stress post-traumatique plus élevé que les membres de la communauté géographique où le crime est survenu.
  • Certains facteurs de risques sont liés à un résultat plus élevé à l'échelle de l'effet des événements.
  • Après le crime de haine, de nombreux répondants dans les différents échantillons ont éprouvé des niveaux de crainte plus élevés pour leur sécurité personnelle et la sécurité de leur famille, en particulier les membres de la communauté africaine.
  • Après le crime de haine, de nombreux membres de la collectivité ont pris des mesures pour se protéger et protéger leur famille, en particulier les membres de la communauté africaine.
  • La plupart des membres de la communauté africaine de Kitchener estiment que l'incident a resserré leurs liens avec d'autres communautés ethniques ou culturelles.
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