Façonner l’avenir ensemble : Au-delà de la honte et de «l’aberoo»

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Poran Poregbal
G.V. Counselling and Education Society for Families
22 Avril 2015

Au sujet de la conférencière : Poran Poregbal est travailleuse sociale et conseillère clinicienne agréée. Elle possède de nombreuses années d’expérience de travail auprès de victimes d’actes criminels. Elle est superviseure clinique et a formé des intervenants de services d’aide aux victimes, des travailleurs sociaux et des conseillers pour les aider à comprendre le traumatisme du point de vue des victimes d’actes criminels. Poran est la fondatrice et directrice générale d’une société sans but lucratif qui offre des programmes de counseling et d’aide psychosociale à tous et, en particulier, aux communautés persanophones. Cette société sans but lucratif compte sur un effectif de 12 conseillers qui offrent du counseling bilingue (farsi-anglais) à leurs clients.

Présentation de Poran Poregbal

Les communications portent sur le thème de la Semaine de sensibilisation aux victimes 2015. Dans ma communication, je m’inspirerai :

  • du thème de la Semaine des victimes 2015, « Façonner l'avenir ensemble »;
  • des pratiques exemplaires dans le domaine de l’aide aux victimes;
  • du point de vue des victimes d’actes criminels.

L’atelier est une vision psychosociale de la façon dont les victimes provenant des communautés du Moyen-Orient et persanophones composent avec les problèmes liés à la victimisation et dont nous pourrions façonner ensemble l’avenir en permettant à ces communautés de trouver leur voix. Cette présentation tente de jeter un pont entre le collectivisme et l’individualisme. Nous pourrions sans doute intégrer ces deux visions du monde puisque les victimes d’actes criminels auraient avantage à appartenir à leur groupe tout en trouvant leur propre voix.

Les participants apprendront deux grands concepts essentiels dans notre approche auprès des victimes d’actes criminels dans nos communautés :

  1. Aberoo, une façon de penser fondée sur la honte et la peur, comportant des aspects de contrôle, des connotations négatives et des signes d’aliénation ou de stigmatisation plus profonde. Ce concept et ce mode de vie comportent énormément d’ambiguïté et d’incertitude.
  2. Santé communautaire : une vision fondée sur l’espoir de l’acceptation par les aînés/membres de la famille, le sentiment d’être compris, l’offre d’une main tendue, un pont entre l’autonomie et l’attachement à l’autre, une tentative de laisser derrière soi la victimisation pour le bien de soi et de la communauté, une connaissance partagée de ce qui convient le mieux pour l’individu et pour le reste de la famille, un sentiment de respect pour les autres tout en trouvant la guérison dans le regard de l’autre et la restauration de la paix malgré les difficultés.

Contexte

Dans bon nombre de nos communautés et dans toutes les collectivités, nous pourrions reconnaître la notion intériorisée d’Aberoo, l’idée de dissimuler, de se blâmer, de nier, de craindre l’attitude de l’autre, de vivre avec sa douleur parce que la divulgation de l’abus ou de la douleur est trop pénible. Au Canada, des lois, des politiques et des programmes jouent un rôle important pour faire en sorte que les victimes sont traitées avec courtoisie, compassion et bienveillance. Cependant, pour bien des gens qui proviennent de pays où l’on blâme la victime, il n’est pas facile de laisser derrière eux leur victimisation et de contribuer à façonner un avenir meilleur.

Les victimes de violence conjugale, de viol, d’agression sexuelle et de harcèlement ont souvent peur de demander des services à cause de la notion d’« Aberoo », tandis que lorsque des familles ou des individus trouvent des services de soutien, ils reçoivent de l’aide pour entrer en rapport avec leur communauté. Il est possible de laisser derrière soi la victimisation lorsque le concept de la santé communautaire est mis en oeuvre : parfois, l’intervention peut bousculer et ne pas tenir compte des volontés et des besoins de la personne.

Aberoo définit parfois qui nous sommes puisqu’il empêche les personnes de s’affirmer et de faire preuve d’ouverture d’esprit. De nombreux professionnels au Canada consacrent leur temps à façonner un avenir meilleur pour les victimes d’actes criminels tandis qu’il peut être interdit aux victimes de s’adresser aux services disponibles et d’en bénéficier à cause du concept Aberoo.

Aberoo Santé communautaire
  • Littéralement, Aberoo pourrait se traduire par « Eau du visage ». C’est une façade qu’il faut préserver à tout prix. L’eau doit être pure en tout temps pour montrer un visage lumineux et convaincant.
  • Fondé sur le secret.
  • Aberoo est un concept compliqué et lié à la culture qui a une incidence sur la qualité de vie, les choix et la voie que les gens empruntent pour mener leur vie.
  • Aberoo se rapporte à des limites intimement liées ou à des limites qui n’ont jamais existé.
  • Dans nos communautés, Aberoo se répercute sur notre vie quotidienne sur plusieurs fronts : physique, affectif, psychologique, financier et spirituel.
  • Aberoo est un scénario autorédigé de l’histoire de sa vie, empreint d’autocensure, de blâme de soi, de manipulation de la réalité et de déni.
  • Aberoo est une interdiction d’exprimer sa pensée puisque votre réalité pourrait blesser autrui.
  • Aberoo est axé sur l’autre et, à différents égards, il oblige la personne à vivre avec sa douleur et ses souffrances. L’accent sur l’autre propre à Aberoo incite la personne à ne plus avoir de sentiments, de volontés, de besoins ou de désirs.
  • Aberoo est une interdiction de penser, de sentir et de se comporter de la façon dont la personne voudrait le faire.
  • Parfois, Aberoo nous empêche d’être honnêtes, corrects, directs, francs et tournés vers l’avenir.
  • Aberoo se répercute sur nos relations personnelles et interpersonnelles lorsque nous ne nous permettons pas d’être qui nous sommes.
  • Aberoo est basé sur l’angoisse et la peur enracinées dans notre subconscient et s’impose à l’esprit conscient à tout prix.
  • Dans bien des situations, nous pourrions dire : mon Aberoo est disparu! Ce à quoi nous faisons vraiment référence lorsque nous disons que l’Aberoo est disparu, c’est à la présentation de soi dans le regard de l’autre d’une façon que nous idéalisons, et non le portrait réel.
  • Idée fausse et crainte des autres qui pourraient nous aider.
  • Méfiance à l’égard des services et des ressources disponibles.
  • La santé communautaire est un concept que de nombreuses familles partagent, une connaissance collective de la façon dont tous les membres sont concernés et devraient participer.
  • La poésie et la littérature peuvent être utiles :
  • Saadi, poète iranien du 13e siècle, a dit :
Les enfants d’Adam font partie d’un corps Ils sont créés tous d’une même essence Si une peine arrive à un membre du corps Les autres aussi, perdent leur aisance Si, pour la peine des autres, tu n’as pas de souffrance Tu ne mériteras pas d’être dans ce corps
  • La santé communautaire est enracinée dans la littérature moyenne orientale et demeure un concept d’espoir commun.
  • Une vision des défis, des problèmes et de la douleur fondée sur la force et les solutions.
  • Grâce à la santé communautaire, nous pouvons créer des limites, définir les besoins de l’individu et du groupe.
  • Si une personne éprouve de la douleur, les autres éprouvent aussi de la douleur.
  • Le fait de faire participer tous les membres de la communauté en cas de victimisation contribue à améliorer la santé de la communauté, au lieu d’aider une seule personne.
  • Le partage est important.
  • Tous composent avec le deuil.
  • Il est dans l’intérêt de tous que les victimes obtiennent de l’aide et trouvent du soutien.
  • Pour la santé de la communauté et de la famille.
  • Une place pour tous et pour la victime.
  • La famille sera encouragée à dépasser la victimisation.
  • Différents systèmes de croyances à propos de la victimisation sont célébrés : Dieu en a voulu ainsi, c’est le destin qui a décidé, nous n’avons aucune part de responsabilité, Dieu veut que nous regardions en avant, nous devons accepter la situation prédestinée…
  • On encourage les personnes à s’exprimer.
  • La force et la résilience du groupe sont importantes.
  • Recours à la mythologie et aux histoires anciennes pour parler de dépassement de la victimisation et de la douleur.

Conflits avec d’autres :

La jeune génération qui a grandi dans les pays occidentaux entre souvent en conflit avec les générations
précédentes à cause du concept d’Aberoo. Pourquoi nos jeunes générations devraient-elles se soucier
d’Aberoo, si elles acceptent plus facilement la réalité et ne sont pas disposées à manipuler la réalité?

Exemple

La tradition d’hospitalité : vous réservez une pièce aux invités. C’est la meilleure pièce de la maison et
elle renferme les meubles et les éléments de décor les plus précieux. Quand vous recevez des invités,
vous leur servez les meilleurs plats que vous pouvez vous permettre et c’est même préférable pour
votre Aberoo si vous vous placez dans une situation financière difficile au service des autres.

Fin

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