Désir de changement positif

Le 15 juin 2006, mon mari Lloyd et moi avions beaucoup de stress dans notre vie. Aujourd’hui, tout cela semble futile, mais ce jour-là, les facteurs de stress semblaient écrasants. Fidèle à son habitude, malheureusement, mon mari décida alors d’aller prendre quelques bières avec ses amis, histoire de faire baisser un peu la pression. Aux petites heures du matin, le 16 juin 2006, Lloyd a reçu la raclée de sa vie. Deux jours après avoir été battu, il a dû subir, pendant 10 heures, une intervention chirurgicale pour réparer de multiples fractures aux os zygomatiques et au front. Il n’a pas survécu à la chirurgie, et j’ai alors eu le choc d’apprendre avec horreur et incrédulité que mon mari et meilleur ami depuis dix-huit ans était décédé au service de soins intensifs, le 22 juin 2006.

Même s’il souffrait beaucoup, Lloyd était conscient avant de subir sa chirurgie. Je chérirai toujours le temps que nous avons passé ensemble. Je me souviens de lui avoir dit que j’avais très peur pour lui. Il avait peur, lui aussi, et lorsqu’une larme a coulé sur sa joue, j’ai eu le cœur brisé. J’ai prié en silence pour lui et je ne me suis jamais sentie aussi proche de mon mari qu’à cet instant précis. Depuis son décès, ce souvenir me revient constamment à l’esprit. Je n’oublierai jamais les derniers instants que nous avons passés ensemble. Je me rends maintenant compte de la chance que j’ai eue d’avoir pu être avec lui avant son décès.

Cette épreuve, qui s’est abattue sur mes enfants et sur moi au décès de mon mari, a été une leçon atrocement pénible. À partir du moment où j’ai su que mon mari était blessé, je souhaitais qu’il y ait un changement positif.

L’accusé a été inculpé d’homicide involontaire coupable du fait que mon mari est décédé six jours plus tard, et non pas sur le lieu du crime. L’accusé est resté en liberté jusqu’aux funérailles de mon mari, puis s’est livré à la police. Il vit, lui aussi, dans notre petite collectivité, qui compte quelque 500 personnes. Compte tenu des nombreux retards dans les instances judiciaires, cette affaire est encore devant les tribunaux.

Mes enfants et moi avons bénéficié depuis d’un réconfort et d’un soutien exceptionnels. J’en serai éternellement reconnaissante et je ne pourrai jamais rendre toute la gentillesse qui nous a été manifestée.

Bon nombre de services d’urgence de notre collectivité nous sont venus en aide. Le sergent d'état-major du détachement local de la GRC est venu nous rencontrer. Les services aux victimes nous ont renseignés sur les services et sur l’aide financière dont nous pouvions bénéficier pour les funérailles. Les membres de la GRC ont été polis et compatissants pendant toute leur enquête. J’aurais fait n’importe quoi pour ne pas avoir à prendre part à tout cela, mais la police et les autres professionnels ont rendu les choses supportables.

Lorsque le moment est arrivé de dire adieu à mon mari au cours des funérailles, j’étais bouleversée et j’ai remercié les personnes présentes. Bon nombre de personnes ont dit beaucoup de choses très gentilles sur mon mari. Ces mots ont été une source de réconfort à ce moment-là et ils me consolent depuis les funérailles et quand j’ai eu vraiment besoin d’être rassurée sur les circonstances entourant son décès. L’un des collègues de Lloyd, qui travaillait avec lui à l’école où il était enseignant associé pour la classe de première année, m’a dit en personne, en plus de l’écrire dans une carte de condoléances, que les enfants de l’école étaient vraiment contents d’avoir mon mari comme enseignant.

Après les funérailles, j’ai réalisé que je devais prendre les choses en main, pour moi-même et pour aider mes enfants. J’ai commencé à faire des recherches sur les infractions violentes, le deuil, les procédures judiciaires, la manière dont les adolescents réagissent face au deuil, la spiritualité, la réaction de l'organisme face au stress et tout ce qui semblait lié à l’épreuve que nous traversions. J’ai pris part à des groupes de soutien internes et en ligne. J’ai participé à des conférences et à des ateliers. J’ai même rencontré Arun Ghandi, le petit-fils de Mahatma Ghandi. Je lui ai demandé comment surmonter cette épreuve. Il m’a cité ce que disait son grand-père, savoir que « vous devez être le changement que vous désirez voir en ce monde ». Ces paroles avaient tant de signification pour moi.

Aujourd’hui, peu m’importe le dénouement du procès en cours. Dans mon for intérieur, cette personne sera toujours coupable. Quelle que soit l’issue du procès, je sais que je surmonterai l’épreuve et que j’en ressortirai plus forte. Je sais, au fond de moi, que Dieu ne m’infligera jamais plus d’épreuves que celles que je peux supporter et que je franchirai tous les obstacles qui se dresseront sur mon chemin.

Je dois exprimer ma reconnaissance à de nombreuses personnes pour m’avoir aidée à arriver où j’en suis. Je comprends aussi que tout dépend de l’état d’esprit que l’on décide d’avoir. Je pourrais ressentir de l’amertume en raison de la lenteur du procès et parfois, j’en ressens. Je refuse toutefois que ma vie soit guidée par des éléments sur lesquels je n’ai aucune prise. Je n’ai pas choisi cette épreuve, mais je peux en tirer des leçons. Mon mari me manque, mais je veux également qu’il repose en paix. Je veux aussi ressentir cette paix.

Anonyme
Une victime

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