Un choix qui a changé notre famille à tout jamais
par Carolyn Swinson

La soirée du 12 février 1993 était un vendredi soir comme les autres : mon mari, ma fille et moi sommes allés magasiner pour des achats de dernière minute en prévision d'un voyage en Floride que nous devions faire la semaine suivante. Nous avons mangé au resto puis sommes rentrés à la maison et avons amené le chien pour sa sortie habituelle.

Nous étions tous trois assis au sous-sol, à regarder une émission télévisée, lorsque vers environ 10 h 15 nous avons entendu le timbre de la sonnette. Mon mari est monté répondre à la porte. C'était une heure plutôt tardive pour se présenter chez nous mais nous avons pensé que c'était probablement Rob, notre fils aîné. Rob était allé faire du surf des neiges à Whistler et nous ne l'avions pas vu depuis son retour. Il avait récemment déménagé dans une maison avec des amis mais avait laissé une partie de ses possessions chez nous. Il était sans doute sorti avec sa copine et il passait récupérer certaines de ses affaires.

Après quelques minutes, ma fille et moi avons commencé à nous demander pourquoi tout était si calme à l'étage et avons décidé d'aller voir ce qui se passait.

Lorsque nous sommes arrivées en haut et vu que la personne dans l'embrassure de la porte n'était pas Rob, mais un agent de police, j'ai tout de suite compris ce qu'il faisait là avant même qu'il m'apprenne que Rob ne reviendrait plus jamais à la maison.

Le policier nous a dit que Rob avait été tué dans un accident automobile, environ une heure plus tôt, et il offrait de nous conduire à l'hôpital. Ce trajet a été le plus long de toute ma vie. Assise sur le siège arrière de la voiture de police, je priais et j'espérais que quelqu'un s'était trompé et que ce n'était pas mon fils qui était au volant de sa voiture au moment de l'accident. On nous a conduits dans la salle d'urgence et montré une civière sur laquelle se trouvait le corps inanimé d'un jeune homme, un jeune homme bien amoché qui, à peine deux heures auparavant, était un jeune de 27 ans intelligent et si plein de vie, et qui gisait désormais inanimé.

Rob était un jeune intelligent, âgé de 27 ans; l'aîné de nos trois enfants. Il était un cycliste passionné, copropriétaire d'un magasin de vélos et tout simplement un être merveilleux qui était sorti un vendredi soir pour aller acheter une carte de Saint-Valentin pour sa petite amie, mais qui n'est plus jamais revenu à la maison.

Ça a été véritablement le pire cauchemar que puisse avoir un parent. Je ne saurais décrire la douleur et l'angoisse que nous avons ressenties cette nuit-là.

Plus tard, au cours de la soirée, un autre agent de police nous a dit que la femme qui avait causé l'accident était âgée de 32 ans mais qu'elle n'était titulaire d'un permis de conduire que depuis 10 jours. Elle conduisait avec un taux d'alcoolémie de 2,01 - deux fois et demi la limite permise. Elle pensait qu'elle était capable de conduire sa voiture mais son insouciance a coûté la vie à notre fils.

C'était dur à croire que ma famille était victime une deuxième fois à cause d'un accident causé par une personne qui avait consommé de l'alcool mais qui a tout de même décidé de conduire sa voiture.

Près de douze ans avant le décès de Rob, presque jour pour jour, mon père avait été tué, en Angleterre, par quelqu'un en état d'ébriété qui avait tout de même choisi de conduire.

À la date du premier anniversaire du décès de Rob, nous étions dans une salle d'audience avec la personne qui l'avait tué. Nous n'étions jamais entrés dans une salle de tribunal auparavant et étions extrêmement reconnaissants que des bénévoles de l'association Les mères contre l'alcool au volant (MADD) nous accompagnent pour nous donner un appui et nous aider à comprendre le processus.

Après la phase précédant l'instruction du procès et après le procès, la personne responsable de la mort de Rob a été acquittée. Je crois que c'est à ce moment-là, c'est-à-dire le jour où je suis sortie du palais de justice, que j'ai pris l'engagement de faire tout mon possible pour prévenir que d'autres perdent inutilement la vie ou soient blessés à cause de personnes qui font de mauvais choix.

Je me suis portée volontaire pour parler au nom de MADD et cela m'a été d'une aide précieuse dans le processus de guérison. Ça m'a permis d'utiliser ma colère à bonne fin. J'ai raconté l'histoire de ma famille à des milliers de personnes, dans des écoles et à des réunions, dans l'espoir que cela prévienne qu'elles conduisent avec des facultés affaiblies.

En 1995, je suis devenue bénévole de MADD pour l'aide aux victimes. J'ai eu l'occasion d'offrir un appui à bon nombre d'autres familles et de les aider à passer au travers d'une des périodes les plus difficiles de leur vie.

Je crois que cela les aide sachant que j'ai passé par là et que je peux dire en connaissance de cause ce que c'est que de perdre une personne qui nous est chère.

Chaque année, l'organisme MADD tient une fin de semaine pour les victimes au cours de laquelle des victimes de partout au pays se réunissent pour échanger. Le clou de la fin de semaine est une veille à la chandelle; depuis que Rob est décédé, je n'en n'ai manqué qu'une. Je pense à Rob et à mon père tous les jours et ils me manquent beaucoup. Le soir de la veille à la chandelle, nous allumons une chandelle à leur mémoire et, avec des centaines d'autres familles, nous rendons hommage à toutes les personnes chères que nous ne reverrons plus.

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