La proie : Récit d'une dénonciation

La proie : Récit d'une dénonciation

J’ai été victime d’agression sexuelle par mon père de l’âge de 2 ans à l’âge de 19 ans. Malgré tous mes efforts pour oublier, je n’arrêtais pas de penser à mon vécu et je revoyais sans cesse les images de mes agressions, vivant toutes sortes d’émotions difficiles à supporter : haine, colère, violence, rancune, incompréhension, etc. Je me haïssais et je m’en voulais d’avoir subi et supporté autant de violence. Je m’en voulais de ne pas avoir su me défendre. Je me sentais responsable et sale.

Toutes ces émotions m’ont amenée à devenir « workaholic». Je travaillais tellement que j’ai fini par faire une dépression mais je me sentais toujours incapable de faire face au vrai problème, m’enfonçant davantage dans la dépression. Toutes les stratégies que j’avais développées pour cacher mon passé ou pour le fuir ne fonctionnaient plus. Malgré tous mes évitements, j’ai rapidement réalisé que l’agresseur était libre et que moi, j’étais en prison. Un jour, j’ai frappé une frontière; dénoncer ou mourir! J’ai décidé de dénoncer. La plainte a été déposée en juin 2004. Après un long processus de deux ans, le verdict de culpabilité est enfin tombé. L’agresseur purge actuellement une peine d’emprisonnement de 7 ans.

Le processus judiciaire est très douloureux et difficile mais je peux vous dire que les policiers, la procureure de la couronne et le personnel du CAVAC sont extraordinaires. Ils m’ont crue, aimée et supportée. Ce n’est pas facile d’étaler son passé mais c’est libérateur. Je ne suis pas allée en cour dans le but de prouver à qui que ce soit que je disais la vérité. Il y avait deux personnes qui savaient hors de tout doute que tout ce que je disais était vrai, c’était moi et l’agresseur. Je voulais  qu’il sache ce que cela m’avait fait et les conséquences que cela avait eu dans ma vie!

Je souffre du syndrome du choc post-traumatique et malheureusement les séquelles du crime ne guérissent pas du seul fait d’avoir dénoncé mais je vais nettement mieux. Je me sens libérée du poids du secret. Je ne regrette rien et même si cela a été difficile, long et très douloureux, je recommencerais. C’est la meilleure chose que j’ai faite pour moi de toute ma vie. Aujourd’hui, je suis libre. J’en parle aussi souvent et aussi librement que je le veux. Je ne suis plus esclave de mon passé. Oui, je dors encore mal, oui j’ai encore mes «flash back» mais l’impact sur moi n’est plus le même. J’apprends à vivre plutôt qu’à survivre et c’est nettement mieux qu’avant. Je respire enfin!

J’ai eu la chance d’être aidée et supportée dans mes démarches par des intervenantes du CAVAC qui se sont avérées toutes aussi compétentes et compréhensives les unes que les autres. Lorsque j’ai décidé de déposer une plainte au criminel contre mon agresseur, j’étais loin de me douter dans quel monde je m’aventurais. J’étais désespérée et inquiète. L’intervenante m’a permis de mieux gérer le stress lié à la cour et aux nombreuses procédures. J’ai été sécurisée, accompagnée et soutenue tout au long de ma démarche. Le CAVAC a été un point central et déterminant. J’avais l’impression d’avoir un lieu où je pouvais aller et me sentir écoutée et comprise. Je pouvais également bénéficier d’un lieu physique au Palais de justice pour m’isoler et pleurer. Je me suis toujours sentie accueillie, écoutée et entendue. Les diverses intervenantes du CAVAC prenaient le temps de répondre à toutes mes questions, de m’expliquer chacune des démarches juridiques. Elles prenaient également le temps de répondre aux questions de ma famille et de les sécuriser. La grande accessibilité du CAVAC m’a permis et a permis à toute ma famille d’avoir un point de référence pour gérer et calmer nos peurs et nos angoisses. L’organisme apporte également un grand support moral et nous informe de nos droits. Grâce au CAVAC j’ai su, entre autre, qu’il existait une indemnisation pour les personnes victimes d’actes criminels (IVAC) qui pouvait m’aider financièrement.

Jamais, je ne pourrai remercier assez le CAVAC pour toute l’aide qu’il nous a apporté, à moi et à ma famille. Je continue de rendre visite régulièrement aux intervenantes car malgré que le procès soit terminé, il reste encore des étapes à traverser que je dois comprendre et gérer tel que l’appel de la sentence déposé par mon agresseur, mes droits en tant que victime en cas de libération conditionnelle, etc.

Je peux vous assurer que des  organismes comme le CAVAC et l’IVAC ont leur raison d’être et que sans leur apport, je n’aurais pas pu traverser les événements avec autant de sérénité.

Martine Ayotte
Rouyn-Noranda, Québec.

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