Déclaration de la victime - Douglas Macklem

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Répercussions émotionnelles

De toute évidence, je me heurte à des difficultés et à des obstacles physiques. En raison de mon état, je dépends de l’aide des autres, à qui je fais confiance implicitement pour prendre soin de moi et m’aider, même pour les besoins humains les plus fondamentaux. Voilà ma réalité, mais je ne souhaite pas qu’on traite mon cas de manière particulière à cause de mon handicap. Cependant, il me faut bien reconnaître mon invalidité parce que je ne peux exprimer les répercussions que ces crimes ont eues sur moi sans tenir compte du fait que la confiance envers les autres revêt un caractère important dans ma vie quotidienne. La confiance envers les autres me permet littéralement de survivre et d’être une personne complète.

Par sa façon d’agir à mon égard, Darquise L’Ecuyer Johnson a gravement réduit ma capacité de faire confiance aux autres et de me fier à mon propre jugement. En conséquence, toute la situation que j’ai vécu a grandement ébranlé mon sentiment de sécurité et mon bien-être, ce a qui réduit ma qualité de vie.

En 2006, Darquise a profité de ma confiance en elle pour créer un monde qui m’était parfaitement crédible. Il s’agissait d’un monde où j’étais un homme aimé d’une femme et où nous avions une vision commune d’un avenir ensemble. C’était un monde dans lequel je me sentais investi d’un pouvoir incroyable non seulement parce que je l’aimais, mais aussi parce que c’était la première fois de ma vie que je pensais qu’une femme m’aimait vraiment en retour.

La chance me souriait et j’étais fier de pouvoir offrir à cette belle femme qui m’aimait les moyens de transformer en réalité ses rêves de vie. J’aurais tout donné et tout sacrifié pour protéger notre amour et il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’elle le savait.

J’ai continué à croire en l’existence de ce monde jusqu’en 2007, même lorsque les faits ont commencé à indiquer qu’il s’agissait d’une tromperie. Elle avait accompli son travail de façon si convaincante que même si mon cerveau me disait en toute logique que tout avait été un leurre, une partie de moi continuait de vouloir vivre dans le monde fictif qu’elle avait créé et dont elle m’avait convaincu qu’il était réel. Au fur et à mesure que j’ai découvert la vérité au cours de l’enquête, j’ai dû accepter que le monde dans lequel je croyais vivre avait en réalité été fabriqué de toutes pièces. Cette prise de conscience m’a déchiré le coeur, et je suis devenu l’ombre de moi-même.

Des années se sont écoulées avant que j’apprenne, par l’enquête, que certaines de ses fabulations avaient un fondement dans la réalité. Les points dont nous avons discuté faisaient écho à des faits de sa propre vie avec son époux, Nolan, en Jamaïque, où une villa existe effectivement. C’était une piètre consolation, mais du moins il y avait un semblant de vérité dans ses mensonges, ce qui explique pourquoi ceux-ci m’apparaissaient si crédibles lorsqu’elle les débitait devant moi avec enthousiasme. Pourtant, selon toute probabilité, j’ai financé le projet de vie commune des Johnson, et cette idée me fait souffrir quotidiennement.

Il m’est impossible d’exprimer entièrement par des mots l’effet néfaste que cette situation a eu pour moi sur le plan émotionnel. La douleur a été si profonde par moments que j’avais l’impression que je me disloquais intérieurement. L’amour romantique et l’intimité ont toujours compté parmi les choses que je désirais le plus. J’ai grandi dans une famille affectueuse et j’aspirais à bénéficier de ce que tout ce dont monde autour de moi profite dans une relation d’amour normale avec un partenaire de vie; créer un foyer ensemble et élever sa propre famille.

Toutefois, j’ai constaté depuis mon adolescence que les femmes ne me trouvent pas attirant et que mon invalidité crée un obstacle qui ne peut être surmonté. Toute tentative précédente de nouer une relation amoureuse s’est soldée par le départ de la femme. Il s’ensuit qu’au fil des ans, je me suis réfugié dans mon travail et dans mes études afin de me consoler, alors qu’autour de moi, mes amis ont eu des fréquentations, se sont fiancés, se sont mariés et ont eu des enfants. Je rêve que cela m’arrive à moi, mais avec les années, j’ai perdu l’espoir qu’un jour je puisse profiter d’une relation épanouissante avec une femme.

Certains pourraient me juger sévèrement pour avoir retenu les services d’une escorte. Je pense qu’il faut estimer à sa juste valeur le besoin humain fondamental d’intimité et de chaleur humaine pour comprendre que j’ai agi ainsi pour combler le vide d’intimité de ma vie. Une certaine forme d’intimité était pour moi préférable à l’absence d’intimité.

Lorsque Darquise m’a incité à croire qu’elle voulait nouer une relation amoureuse à long terme avec moi, je me suis mis à espérer que je pourrais moi aussi, après tout, avoir une épouse et une famille. Ma confiance en soi s’est raffermie et j’ai commencé à planifier notre avenir commun.

Lorsqu’elle m’a dit qu’elle était enceinte de notre enfant en mai 2006, notre relation et l’idée d’un avenir ensemble se sont encore renforcées dans mon coeur et mon esprit. Pour moi, l’idée d’avoir un enfant signifiait qu’un autre rêve très important et apparemment illusoire se concrétisait miraculeusement. J’allais être père, et cette perspective me comblait de joie. Je savais que je serais un bon père, parce que mon propre père l’avait été et que je pourrais tout simplement suivre sa trace.

J’aimais l’enfant qui se développait à l’intérieur de Darquise et j’ai accepté une responsabilité paternelle envers l’enfant presque immédiatement. Par conséquent, lorsque Darquise a annoncé qu’elle avorterait si je ne trouvais pas rapidement les 114 000 $ dont elle avait besoin, j’ai été pris de panique à la pensée qu’elle le ferait. Je me suis démené pour trouver le moyen de réunir cet argent pour Darquise parce que je croyais absolument que la vie de mon enfant à naître était en jeu, ce qui me terrorisait.

Pour obtenir les fonds demandés, j’ai hypothéqué la maison familiale qui m’a été léguée par ma mère. J’étais prêt à tout faire pour sauver mon enfant à venir, mais je n’avais pas moins l’impression que je trahissais quelque peu mes parents en compromettant le travail de leur vie; leur héritage. C’était plus qu’une maison, c’était un bien pour lequel mes parents ont travaillé fort afin de me garantir un bien-être financier et une vie à l’aise. Elle était le fruit de leur amour pour moi, leur enfant.

Lorsque j’ai appris que Darquise avait fait une fausse-couche, la douleur et le chagrin ont été incommensurables. Je voulais être avec elle pour partager sa peine et la réconforter, mais elle m’a repoussé et m’a dit que sa fausse-couche était de ma faute. Je me suis retrouvé non seulement terriblement chagriné par la perte de mon enfant, mais je me sentais aussi très seul et accablé par un sentiment de culpabilité. Je n’avais jamais connu jusque-là de sentiment de culpabilité aussi déchirant.

Sur le plan émotif, l’exultation provoquée par la grossesse, l’inquiétude au sujet de l’avortement, et le choc de la fausse couche ont été très douloureux. Par la suite, toutefois, lorsque j’ai appris que tout avait été inventé pour me soutirer de l’argent, j’ai été foudroyé. Que j’aie été victime d’une telle cruauté dépasse mon entendement, et il m’arrive encore de pleurer.

Le jour de Noël 2006, lorsque j’ai reçu un courriel me disant que ma fiancée était morte, j’ai subi toutes les répercussions émotionnelles qu’il est possible d’imaginer pour une telle nouvelle. Encore une fois, cependant, les répercussions émotionnelles de cette expérience se sont encore intensifiées lorsque j’ai découvert qu’il s’agissait aussi d’un mensonge dont le seul but était l’argent. Ce mensonge visait à m’empêcher de me rendre en République dominicaine et d’apprendre que Darquise n’avait pas de famille dans ce pays, que nous ne possédions pas de villa et que nous n’avions plus d’avenir ensemble.

J’ai senti que j’avais été un imbécile de croire que je pourrais avoir une vie normale. C’est la seule fois dans ma vie où j’ai eu l’impression d’être une nullité, et ces mots ont du mal à sortir de ma bouche.

Ce sentiment d’imbécillité a eu de très graves répercussions sur ma vie. Pendant les quatre années qui ont suivi mon intervention auprès de la police, j’ai comparu devant trois tribunaux différents et j’ai dû revivre toute l’histoire comme si elle n’était pas terminée. J’ai vécu un cauchemar analytique en songeant continuellement aux détails les plus infimes. Mon esprit était incessamment accaparé par cette affaire parce que je craignais de passer à côté d’un détail susceptible de représenter une piste d’enquête ou d’un fait probant important. Or, pendant tout ce temps, il me semblait que je devais défendre le fait que je n’avais pas vu les signes avertisseurs de la fraude longtemps avant le dénouement.

L’obligation de défendre ma position en tant que victime a aussi été pénible, mais je dois dire que le fait de pouvoir enfin témoigner devant le présent tribunal criminel m’a apporté un certain soulagement, à un point tel que je peux maintenant commencer à respirer vraiment.

Toutefois, je dois désormais me résigner à ma plus dure réalité. Je sais que je ne serai peut-être plus jamais en mesure de faire confiance à une autre femme qui me dit qu’elle veut partager ma vie. Cette idée à elle seule me fend le coeur tous les jours.

Dans les autres aspects de ma vie, le fait d’avoir traîné cette affaire devant les tribunaux a entraîné l’éloignement de membres de ma famille et d’amis. Je comprends qu’ils peuvent ne pas être à même de faire face à l’embarras que ma situation leur a causé par inadvertance. Je ne souhaitais pas que mes décisions causent du tort à qui que ce soit. Je n’étais en tout cas pas en mesure de prévoir que la fausse réalité créée par Darquise pour m’escroquer aurait des effets si nuisibles sur la vie des membres de ma famille et de mes amis. Il reste que pendant que je cherchais l’amour de quelqu’un, j’ai perdu l’amour de quelques-unes des personnes auxquelles je tiens le plus.

Comme je l’ai déjà mentionné, je suis du genre à me plonger dans mon travail. J’admets que je suis un homme dont le profil repose peut-être davantage sur les réalisations professionnelles que celui d’autres personnes. D’ailleurs, si vous acceptez cette thèse, les changements notables dans mes habitudes de travail devraient signaler l’existence de graves problèmes.

Les efforts constants que j’ai déployés pour me résigner à ce qui m’était arrivé ont tellement accaparé mon énergie mentale que j’ai été incapable de penser clairement et de me concentrer. En conséquence, mon rendement au travail a diminué considérablement, un fait relevé plus tard dans mes évaluations annuelles du terriblement.

Mon patron a reconnu que mes connaissances techniques me plaçaient parmi les 10 % des professionnels des technologies de l’information les plus compétents d’Ottawa, et mes compétences étaient très bien reconnues par mes pairs. Toutefois, la fraude m’a déclassé comme professionnel de haut niveau ayant des taux de rendement supérieurs et a fait de moi une personne qui a besoin de congés liés au stress et de fréquents congés de bienveillance. Ce changement dans ma situation de travail m’a rendu inadmissible aux primes annuelles, aux augmentations de salaire et aux possibilités d’avancement qui étaient, à un moment donné, des certitudes indéniables pour moi.

Je n’ai pas été à la hauteur dans bon nombre de projets qui m’auraient normalement emballé et stimulé, parce qu’il était impossible pour moi de maintenir mon attention.

Il y a une autre série de répercussions que j’ai de la difficulté à aborder parce que je ne veux pas manquer de respect envers qui que ce soit ou envers un élément quelconque du système de justice pénale, système qui a joué un rôle-clé pour finalement me permettre d’obtenir justice. Toutefois, les répercussions qu’a eues sur moi une décision rendue ont été extrêmement importantes, et la présente déclaration serait incomplète si elle la passait sous silence.

Au printemps 2007, j’ai reçu un appel téléphonique de la détective Brenda Kerr, qui m’a fait part des résultats de ses recherches et de la décision rendue concernant l’extradition de Darquise et de son époux de la Jamaïque en lien avec cette fraude.

Rien n’allait bouger. Il n’y aurait pas d’extradition.

Pour moi, cela voulait dire que ces criminels allaient demeurer à l’extérieur du territoire de compétence du Canada, n’allaient subir aucune conséquence pour leurs actes et continueraient de profiter énormément du produit de leur crime, c'est-à-dire l’argent qu’ils m’avaient escroqué. Je ne peux décrire le sentiment de savoir qu’ils allaient vivre dans l’aisance avec mon argent volé et que rien ne pouvait les arrêter. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi, compte tenu de tous les préjudices émotionnels et financiers infligés contre moi, les autorités refusaient de ramener Darquise et Nolan au Canada pour qu’ils répondent des allégations déposées contre eux.

En raccrochant le téléphone, j’ai craqué immédiatement et j’ai ressenti un effondrement émotionnel dans mon milieu de travail. Des collègues ont dû me consoler. Un congé lié au stress m’a été accordé immédiatement pour la période requise. J’ai pris plus d’un mois de congé lié au stress et j’ai suivi une thérapie pour être en mesure de fonctionner un tant soit peu normalement à partir de ce moment-là.

Pour la première fois de ma vie, j’ai demandé une psychothérapie et j’ai aussi pris des antidépresseurs pendant environ huit mois.

Cependant, bien que les efforts déployés pour acquérir des habiletés d’adaptation représentent une conséquence difficile de cette fraude, ce sont les effets permanents qui sont les plus durs à accepter.

J’en suis venu à comprendre pleinement l’ampleur de la tromperie commise contre moi par Darquise, grâce à l’aide que j’ai reçue, mais, à partir de maintenant, je me demanderai toujours si je peux faire confiance à ma perception de la réalité. Toute nouvelle relation, que ce soit d’amitié ou d’ordre professionnel, fait forcément l’objet d’un examen minutieux. Le réconfort de l’ouverture et de la confiance est remplacé par une tension élevée de remise en question de chaque détail et d’appréhension des motifs ultérieurs possibles. Il s’agit là d’un changement d’état d’esprit complet et douloureux pour moi.

Durant cette rude épreuve, j’ai appris également que le fait d’être préoccupé émotionnellement peut aussi jouer sérieusement sur ma sécurité physique. En août 2007, j’avais intenté une poursuite en responsabilité contre Darquise. La préparation à un affrontement en Cour et la possibilité de la voir occupaient beaucoup mon esprit, si bien qu’alors que je descendais une rampe que j’avais utilisée des centaines de fois, j’ai renversé mon fauteuil roulant et je me suis cassé les deux jambes. À cause de la nature de mon invalidité, les fractures ont fait que mes muscles sont demeurés constamment en état de contraction – état extrêmement douloureux qui s’est maintenu pendant de nombreux mois.

Au début de mai 2009, j’ai eu un deuxième accident que j’attribue aussi à l’émotivité. J’étais encore une fois si concentré sur l’affaire au civil et la question d’outrage au tribunal par Darquise que j’ai roulé dans un nid-de-poule. Comme la tension a pour effet de raidir mes muscles, ce moment de distraction s’est soldé par une hanche brisée, nécessitant une chirurgie de remplacement de la hanche et une autre absence prolongée du travail.

Répercussions financières

Les répercussions financières ont été et continueront d’être très graves pour le reste de ma vie.

À cause des mensonges de Darquise, j’ai liquidé mes REER, j’ai perdu mon héritage et j’ai hypothéqué la maison riveraine adaptée que m’avaient léguée mes parents et qui était payée.

J’ai dû par la suite hypothéquer cette maison une deuxième fois pour regrouper toutes les dettes, celles restant de la fraude et celles qui s’étaient accumulées après la découverte de la fraude. Je verse un grand pourcentage de mon revenu chaque mois pour payer cette hypothèque.

Je n’ai donc pas les moyens de réparer ma fourgonnette adaptée, ce qui a restreint gravement ma liberté de déplacement, et l’achat d’une nouvelle fourgonnette est impensable.

Je n’ai pas non plus les moyens de recevoir des traitements de massothérapie et de physiothérapie qui ne sont pas remboursés par les régimes de santé. Il s’ensuit que mes muscles demeurent dans un état constant de tension et que je dois composer quotidiennement avec la douleur et l’inconfort qui en résultent. La capacité de recevoir de tels traitements était ce à quoi mes parents pensaient lorsqu’ils m’ont laissé un héritage.

Je ne serai pas en mesure de me payer des vacances pendant très longtemps et je ne peux non plus économiser pour répondre à des besoins futurs parce que ma vie se limite maintenant à travailler pour payer mes dettes. Tant que je demeurerai physiquement apte et capable de travailler, je devrai travailler. Dans l’ordre actuel des choses, je ne pourrai jamais me permettre de prendre ma retraite.

La volonté d’obtenir justice dans cette affaire a eu des effets décourageants aussi parce qu’elle a encore aggravé par moments les répercussions financières sur moi pendant que je traitais avec les tribunaux et les organismes gouvernementaux.

Premièrement, comme cette affaire représente une fraude, l’Agence du revenu du Canada refuse d’accorder des déductions pour pertes d’entreprise relativement à ce que j’estimais être à ce moment-là des activités d’entreprise légitimes. Cela a entraîné des dettes fiscales qui sont devenues immédiatement exigibles.

Dans l’optique de l’ARC, comme il s’agissait d’une fraude, il n’y a jamais eu la possibilité de faire des affaires et je ne suis donc pas admissible à des allégements fiscaux. D’après l’ARC, les crimes que Darquise a commis contre moi rendaient complètement futile dès le départ mon intention de faire des affaires. Mon point de vue selon lequel l’achat de biens commerciaux visait à produire des recettes pour subvenir aux besoins de ma famille n’a pas du tout été pris en compte, même si je n’avais jamais su avant la fin que j’étais la victime d’une fraude.

Cette interprétation m’a donné l’impression d’être traité comme un complice dans ce crime. J’ai été victimisé de nouveau par cette situation, sans compter que, ironie du sort, Darquise pourrait probablement déclarer faillite pour éviter d’avoir à payer les impôts exigibles sur l’argent qu’elle m’avait volé.

Le refus de tout allégement fiscal pour pertes d’entreprise s’ajoutant aux dettes fiscales causées par le retrait des REER et la liquidation des biens hérités pour payer les dettes a créé un deuxième niveau important de préjudices financiers qui demeurent non réglés encore aujourd’hui.

Deuxièmement, j’ai intenté une poursuite au civil contre Darquise parce que je voulais connaître la vérité et savoir où tout mon argent était passé. Je voulais également que son énorme dette financière envers moi soit reconnue sur le plan juridique.

Au lieu d’assumer la responsabilité de ses actes et de communiquer des renseignements complets et opportuns susceptibles de permettre des recouvrements, Darquise a utilisé le tribunal civil pour prétendre incroyablement que c’était moi qui lui devais de l’argent. Elle a ensuite fait faillite pour éviter que toute décision soit prononcée contre elle par un tribunal civil.

À toutes les étapes et devant chacun des tribunaux au cours de ce cauchemar juridique qui a duré plus de trois ans et demi, par sa façon d’agir, elle a maximisé les délais autorisés et a encore accru les fardeaux financiers et émotionnels pour moi.

Il est vrai qu’un tribunal civil a rendu deux ordonnances selon lesquelles Darquise et son époux, Nolan, devaient me verser un dédommagement de 821 000 $, mais je ne peux raisonnablement m’attendre à ce qu’ils respectent un jour ces décisions ou même à ce qu’ils tentent sincèrement de rembourser une partie de l’argent.

Jusqu’à présent, cette fraude, ainsi que les frais juridiques connexes et les dettes fiscales qui en ont résulté, m’ont coûté plus de 1,4 million de dollars.

Conclusion

Comme je l’ai mentionné, je ne demande pas de traitement spécial dans la présente instance à cause de mon invalidité. Toutefois, je sais que bon nombre sinon la majorité des personnes qui sont mises au courant des actes de Darquise L’Ecuyer Johnson partagent le mépris que j’ai pour toute personne capable d’exploiter ma déficience pour me voler mon argent, pour me voler mon droit au respect de soi et, plus important encore, pour me voler ma dignité humaine fondamentale.

Il est presque impossible d’accepter que j’aie aimé une femme dont les valeurs se sont avérées de façon si choquante contraires aux miennes. De plus, avec le temps, une certaine objectivité s’impose à moi lorsque je la regarde dans les salles d’audience, maintenant qu’elle est devenue presque détachée de mon coeur. Ce qui est extrêmement difficile, toutefois, c’est que durant toute cette période elle n’a jamais exprimé de quelque façon que ce soit du remords, de la peine ou un sentiment de culpabilité pour ce qu’elle m’a fait.

Elle n’a assumé aucune responsabilité et même si j’ai pu la voir verser des larmes, ce n’était jamais pour moi. Le plus pitoyable, c’est que si elle devait me dire aujourd’hui qu’elle est désolée, je ne croirais pas cette femme que j’ai aimée autrefois sincèrement.

Enfin, disons que bien des gens m’ont demandé pourquoi j’avais dépensé de l’argent pour porter cette affaire devant les tribunaux civils et le tribunal de la faillite. La raison, à la fois simple et compliquée, c’est que je ne voulais pas – que je ne veux pas – que ce qui m’est arrivé arrive à quelqu’un d’autre si je peux aider à l’empêcher.

Je crois que si la fraude personnelle n’est pas considérée comme un crime grave et ne fait pas l’objet d’une dénonciation, d’une enquête et d’une poursuite en tant que crime grave, les personnes qui décident de commettre une fraude et les infractions connexes continueront de considérer les citoyens honnêtes comme des proies faciles.

Le but de ma déclaration n’est pas d’accroître la peine infligée pour des raisons de vengeance. Ce que j’espère, c’est que la présente instance transmettra un message bien clair pour faire comprendre que le système juridique canadien défend le principe selon lequel ce genre de fraude personnelle ne peut être toléré dans notre société et que les personnes qui commettent des fraudes devront subir de graves conséquences.

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