L'histoire d'une victime

 Transcription

Sarah :
Je m'appelle Sarah. J'ai été victime d'abus sexuels de la part de mon beau-père quand j'étais âgée entre quatre ans et six ans.
Sarah :
J'ai vécu ma vie comme si cela n'avait jamais existé. C'était comme un film noir et blanc. Mais cette petite fille, je refusais que ce soit moi.
Sarah :
Je refusais vraiment l'étiquette de la victime. J'avais fait toute ma vie pour sortir de ça. J'avais une belle vie que j'aimais et... jusqu'en 2005, finalement. En 2005, je dirigeais une organisation dans laquelle il y avait des enfants qui fréquentaient l'établissement et il y a un enfant qui, après voir quitté l'établissement, a été harcelé par un prédateur sexuel connu dans ma région.
Sarah :
J'ai suivi le dossier de cet enfant-là et de ce prédateur sexuel à la cour comme si je m'en faisais un devoir... pour réaliser, quand j'étais assise sur le banc, pour dire "Ben, voyons! Ça me donne rien d'être ici parce que la... je suis pas témoin... je suis pas si liée à l'enfant... mais j'ai une rage à l'intérieur. Une rage de savoir que la justice va être faite."
Sarah :
Je ne pouvais plus vivre avec mon lourd secret. J'ai porté plainte trente ans plus tard. Ouais, trente ans plus tard.
Sarah :
Bien en fait, mon conjoint m'a supportée immédiatement parce que je l'avais déjà sensibilisé à ce qui se passait. D'ailleurs, c'est lui qui, quand je suis arrivée devant le poste de police, j'avais envie de reculer et que... qui a ouvert la porte, puis il m'a poussée dans le dos pour dire... allez go!
Jean-François :
Let's go!
Sarah :
C'est à faire. Il faut porter plainte. C'est important. À partir du moment où un procureur a accepté de défendre notre cause, on n'a plus... on n'est plus dans notre statut de victime. On devient un témoin.
Sarah :
Ça prend l'entourage pour passer au travers, que ce soit les frères, soeurs, conjoints, amis... Il faut pas hésiter de solliciter les gens qui nous entourent pour nous donner la force et... et l'appui constant qu'on a besoin.
Jean-François :
Et il faut savoir qu'au palais de justice, la victime et l'agresseur sont dans les corridors avant qu'on rentre alors, de pas être seul, c'est très important, parce que ça permet une espèce de bulle de protection, on se sent protégé à ce moment-là.
Sarah :
Et on n'a pas hésité d'inviter les gens du CAVAC à nous accompagner. On n'a pas hésité à utiliser leurs services, à utiliser leurs espaces pour se faire une bulle à nous... Parce que c'est vraiment des moments intenses qui se vivent dans les corridors.
Sarah :
Aujourd'hui, mon agresseur est en détention. Maintenant je ne vis plus avec la honte et la culpabilité. Aujourd'hui, moi, je suis dans la reconstruction mais... Ça sera pas une grande cathédrale.
Sarah :
Aujourd'hui, mon agresseur est en détention. Maintenant je ne vis plus avec la honte et la culpabilité. Aujourd'hui, moi, je suis dans la reconstruction mais... Ça sera pas une grande cathédrale. Ça va être un petit château simple.
Jean-François :
Je pense qu'aujourd'hui, en ce qui me concerne, on est, oui, à la reconstruction et oui, on s'en va vers cette mission de pouvoir... aujourd'hui on a fait tout le processus, on sait c'est quoi... que Sarah et moi avons travaillé sur nous-mêmes pour pouvoir passer au travers... on est, aujourd'hui, avec l'expérience, capables de pouvoir aider les autres et c'est dans ce sens-là qu'on veut aller. Alors c'est vers ça, vers quoi on tend.
Sarah :
Maintenant, c'est comme si j'avais le droit à une nouvelle vie. Et en parler, ça fait partie de la solution. Vous voyez, je pourrais être votre soeur, votre voisine ou votre compagne de travail.
Sarah :
Je rêve qu'un jour les victimes d'actes criminels aient mille voix pour le dire. Tendez l'oreille... C'est simple.
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